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Portrait d'entraîneur: Doug Reimer

« Nous sommes d'abord et avant tout des enseignants, nous aidons à installer un climat positif qui permet aux jeunes gens de grandir dans un cadre sportif. »

Le riche héritage de Doug Reimer continue de grandir. 

Entraîneur-chef de l'équipe de volleyball féminin des Thunderbirds de l'Université de la Colombie-Britannique, Reimer est devenu une légende au sein du circuit U SPORTS et de la communauté du volleyball au Canada. Bien que son équipe évolue dans la meilleure association au pays, le vétéran entraîneur a mené celle-ci au tournoi du championnat national 21 fois dans les 22 dernières années.

Au cours de cet impressionnant parcours, les Thunderbirds ont remporté huit titres nationaux, quatre médailles d'argent et trois de bronze. Reimer a par ailleurs été couronné champion national avec l'Université de Winnipeg en 1993, ce qui lui donne un total de neuf titres à l'échelle du pays. Il a mené UBC à la conquête de six championnats U SPORTS d'affilée, un record national, de 2008 à 2013. La victoire de 2008 était la première du programme en 30 ans.

Sur le plan individuel, Reimer a été nommé entraîneur de l'année U SPORTS à cinq reprises – le total le plus élevé au pays chez les entraîneurs en chef d'une équipe de volleyball féminin. Il a par ailleurs mené Équipe Saskatchewan à la conquête de la médaille d'or aux Jeux du Canada, et aidé Équipe Canada à la fin des années 1990 à terminer deuxième aux qualifications olympiques de la NORCECA. 

À l'époque où il jouait, Reimer s'alignait avec l'Université de Victoria, où il a été deux fois nommé au sein de l'équipe d'étoiles canadiennes au poste de passeur en plus d'être nommé meilleur athlète-étudiant. Il est ensuite allé agir comme entraîneur à son alma mater avant de se retrouver à Winnipeg, puis à l’UBC.

Volleyball Canada a récemment eu l'occasion de s'entretenir avec Reimer à propos de sa carrière d'entraîneur et de sa vision du métier.

Volleyball Canada : Commençons par l'époque où vous étiez joueur. Qu'est-ce qui vous rend le plus fier de ce volet de votre carrière? 

Doug Reimer : C'était il y a trop longtemps, mais je pense que le fait que je sois un passeur et que nous jouions dans un système 6-2 m'a permis de mieux comprendre le jeu et ça m'a mis à l'aise d'enseigner à des passeurs en tant qu'entraîneur.

VC : Comment s'est fait le passage vers la profession d'entraîneur? Était-ce là quelque chose qui vous intéressait d'emblée?

D. R. : J'ai commencé à un jeune âge, j'étais encore à l'université. J'étais entraîneur adjoint de l'équipe provinciale masculine de la Colombie-Britannique et l'entraîneur-chef d'une équipe d'école secondaire. À l'époque, il n'y avait pas de postes à temps plein pour des entraîneurs, mais je pensais bien m'engager dans une carrière d'enseignant tout en étant entraîneur à l'école secondaire ou à l'université.  

VC : Qui sont les personnes qui vous ont soutenu dans votre parcours? Avez-vous des mentors?

D. R. : J'ai eu la chance, à l'école secondaire, d'avoir Rod Belinski comme entraîneur et ça m'a donné l’occasion d'accéder à l'équipe de l'Université de Victoria, où j'avais de très bons rapports avec (le regretté) Bob Harrison. Je pense qu'inconsciemment, nous apprenons et nous imitons beaucoup les entraîneurs qui nous ont le plus marqués. Je me suis installé à Regina et j'ai dirigé le programme des Jeux du Canada de la Saskatchewan, où j'ai bénéficié énormément du fait d'avoir Lorne Sawula comme entraîneur à la fin des années 1980 quand il était aussi entraîneur de l'équipe nationale et qu'il y avait un centre d'entraînement à temps plein. Lorne était très ouvert et il m'a beaucoup encouragé, tout comme de nombreux autres entraîneurs. Puisque je suis devenu entraîneur-chef à un si jeune âge, ça m'a vraiment donné la chance d'observer ce qui se faisait à l'entraînement et de discuter avec d'autres entraîneurs aguerris à qui Lorne demandait de s'impliquer.

Et au cours des 20 dernières années, le soutien de mon épouse et de ma fille, les sacrifices qu'elles ont faits et l'aide qu'elles m'ont donné pour que j'aie une vie équilibrée, ce sont des choses qui se sont avérées très importantes parce qu'elles me permettent de continuer d'être entraîneur dans une perspective à long terme. Être entraîneur au niveau postsecondaire, ça veut dire que tu dois faire une croix sur quasiment toutes tes fins de semaine de septembre à mars et ensuite, encore pendant la saison de club. Elles ont dû composer avec ça pour que je puisse continuer à agir comme entraîneur.

VC : Dans quelle mesure le rôle d'entraîneur diffère-t-il de celui de joueur?

D. R. : L'entraîneur se concentre sur le groupe, tandis que le joueur s'attarde à son propre rôle et à sa propre situation sur le plan individuel. Ça aiderait les joueurs d'enseigner et/ou de travailler comme entraîneur davantage afin qu'ils puissent alors vivre le stress qu'on ressent quand il faut veiller au développement individuel de chaque joueur au sein d'un concept d'équipe. À l'inverse, ça aiderait un entraîneur de continuer à jouer, ou bien d'apprendre une nouvelle habileté ou position, pour mieux réaliser, ou du moins se rappeler quels sont les défis que les joueurs doivent relever –- surtout les plus jeunes joueurs.  

L'entraîneur est le moteur de la philosophie du programme, de la mentalité, de l'environnement qui se vit au quotidien. Cette base a un effet formidable, mais il revient aux individus qui font partie de l'équipe et qui, en fin de compte, sont sur le court, d'être le moteur des actions qui mèneront aux résultats visés. Ce sont eux qui prennent les décisions, qui dirigent les actions qui mènent aux résultats et qui, au bout du compte, portent le fardeau des défis mentaux et affectifs qui viennent avec le fait de faire partie d'une équipe, sur le court et en dehors.  

VC : Quel a été le plus grand obstacle que vous ayez eu à surmonter au cours de votre carrière d'entraîneur, et comment avez-vous fait pour passer au travers?

D. R. : Au début, c'était de rester calme et confiant tout en ne laissant pas les défis interpersonnels me distraire de la nécessité de bien communiquer. Plus précisément, je pense à la déception que j'ai vécue, et probablement à l'épuisement professionnel que j'ai fait pendant et après mon séjour avec l'équipe nationale de 1997 à 2000. Je pense que je n'étais pas prêt à diriger des athlètes plus âgées provenant de différents programmes, qui étaient d'âges différents, parmi les nombreux défis qu'il y avait. De plus, un de mes objectifs quand j'ai accepté le poste, c'était de pousser pour qu'il y ait des changements systémiques dans les programmes de développement. Cet élément-là prend beaucoup d'énergie en soi et, à bien des égards, est un emploi à temps plein comme tel. J'avais besoin d'une combinaison de choses – plus d'expérience comme entraîneur, surtout à l'échelle internationale, ainsi que du financement ou du personnel salarié, ce qui nous aurait permis de faire du meilleur boulot. Nous sommes venus si près de nous qualifier et nous avions d'excellentes athlètes, ce qui évidemment rend le tout plus difficile à accepter. 

Si j'ai pu passer au travers, c'est probablement parce que j'ai tout simplement persévéré et c'est probablement à ce moment que j'ai commencé à me dire plus souvent que ça allait finir par se tasser. Retourner à UBC m'a donné l'occasion de faire certaines choses différemment et ces difficultés m'ont aidé à garder les choses en perspective par la suite.

Le deuxième obstacle a été le fait de venir près de remporter les championnats nationaux, surtout ces deux médailles d'argent de suite, avant d'entreprendre notre bonne séquence. J'étais fier du fait que nous avions un bon programme, mais le fait d'être si près, c'est dur pour les athlètes et les entraîneurs. Je ne suis pas sûr s'il y a une chose en particulier qui m'a aidé à passer à travers, je dirais que c'est une combinaison d'expérience, de réflexion et de faire certaines choses un peu mieux en termes de mentalité d'équipe, de préparation et d'être plus calme dans un environnement compétitif qui m'a aidé à surmonter cet obstacle. Je sais qu'on aime parler aux athlètes des vertus de la persistance et de la ténacité, mais ce sont là des qualités qui sont tout aussi importantes pour les entraîneurs.

VC : Vous êtes entraîneur depuis un bon moment déjà, mais y a-t-il encore quelque chose que vous espérez accomplir? Quel élément désirez-vous ajouter à votre curriculum vitae d'entraîneur?

D. R. : Je veux continuer à apprendre et de m'améliorer, afin que je puisse donner aux joueuses qui sont dans le programme la possibilité de faire un parcours qui sera le plus satisfaisant possible le temps qu'elles seront dans le programme. En espérant qu'avec le recul, elles constateront qu'elles auront appris, et qu'elles peuvent appliquer les valeurs apprises dans leurs rapports avec les autres dans le cadre des défis et des occasions qui les attendront dans leur vie non sportive. Je m'estime chanceux de pouvoir travailler avec des étudiantes et des athlètes formidables pendant qu'elles sont dans les années formatrices de leur vie. Je ne parle pas ici du curriculum vitae, mais de la motivation d'apprendre les uns des autres et de vivre des occasions de croissance. J'apprends beaucoup et je continue d'être mis au défi par les athlètes-étudiantes. Et ça, ça me motive à continuer d'essayer de devenir meilleur dans ma façon d'essayer de les aider. Victor Frankl a écrit quelque chose comme, 'La santé mentale se base sur une certaine tension entre ce qui a déjà été accompli et ce qu'une personne peut espérer accomplir, sur cet écart entre ce qui existe et ce qu'une personne devrait devenir'.

Je pense qu'il y a beaucoup de vrai là-dedans et je pense que ça explique un peu pourquoi, à l'aide de rapports positifs, tu peux développer de jeunes gens et avoir une influence sur eux. C'est pourquoi je suis entraîneur et d'autres le sont aussi.

VC : Vous êtes celui qui a connu la plus belle carrière d'entraîneur dans l'histoire du réseau U SPORTS au volleyball féminin. Qu'est-ce qui vous a permis de connaître des succès aussi soutenus au fil des ans, selon vous?

D. R. : Avoir de bonnes joueuses, et je veux dire par là des joueuses très talentueuses, et le fait d'avoir un aussi grand nombre de joueuses qui ne remportaient pas des prix, mais jouaient des rôles de leadership avec constance, ce qui avait un effet stabilisateur. Il est tellement important d'avoir des entraîneurs adjoints qui sont solides, car ils jouent un rôle énorme dans les succès d'une équipe. Et ça ne fait pas de mal quand la chance est de ton côté de temps à autre.

Ai-je mentionné l'importance de mettre la main sur de bonnes joueuses ?

VC : Selon vous, quel est l'aspect le plus important du travail d'entraîneur?

D. R. : La clé, selon moi, c'est de bâtir des liens de confiance. Que chaque individu ait confiance en lui et que l'équipe ait confiance qu'elle saura gérer ce qu'elle aura à affronter. La deuxième façon d'approcher tout ça, c'est de ne jamais oublier que nous sommes d'abord et avant tout des enseignants, que nous aidons à installer un climat positif qui permet aux jeunes gens de grandir dans un cadre sportif. Pour bien enseigner, il faut bien communiquer. Tu ne te tromperas jamais si tu peux miser sur, et améliorer ta capacité à bien observer, à offrir une direction et à donner de la rétroaction. La communication pendant les rencontres, autant individuelles que d'équipe, est aussi un élément crucial.   

Je pourrais continuer longuement à répondre à cette question et ça, ça montre à quel point il y a différentes facettes à notre profession. Il faut continuer à s'améliorer et trouver des gens qui seront prêts à vous soutenir. L'entraîneur-chef ne fait pas tout par lui-même et réaliser cela, c'est sans doute la plus importante des premières étapes qu'il faut vivre.

VC : Ce qui vous rend le plus fier jusqu'ici dans votre carrière d'entraîneur?

D. R. : Je dirais la constance dans les résultats obtenus tout en focalisant sur le 'processus', qui est d'aider les joueuses à s'améliorer et à apprendre. Et aussi, de voir plusieurs d'entre elles conserver des liens d'amitié bien longtemps après qu'elles aient obtenu leur diplôme.

VC : Avez-vous des conseils pour les nouveaux entraîneurs?

D. R. : Passez du temps à faire votre autocritique de façon honnête. Vous devez en savoir assez sur les façons de communiquer et d'enseigner les aspects clés des habiletés et d'un système de jeu de base de façon à pouvoir gérer une bonne séance d'entraînement. Maîtriser son art assez pour pouvoir donner de bons conseils sur le plan individuel ainsi qu'à l'équipe dans son ensemble, et ensuite les joueuses commenceront à vous faire confiance en vue des situations difficiles que vous allez vivre dans le futur. 

Deuxièmement, c'est cette vieille déclaration de John Wooden – 'Ils doivent savoir que ça vous tient à cœur, avant que ça leur tienne à cœur de savoir ce que vous savez'. On parle ici de communication et d'ouverture. Laissez votre égo de côté autant que possible et cherchez à observer les joueurs et à comprendre comment vous pouvez avoir un impact positif sur eux. Ce que je dois toujours chercher à faire davantage, c'est de communiquer avec les individus. Je conseillerais aux nouveaux entraîneurs de vraiment passer du temps à comprendre et à discuter avec tous leurs joueurs. 

VC : Ce que vous auriez souhaité avoir reçu – un conseil, du soutien, un enseignement, etc. -- à vos débuts?

D. R. : La chance de travailler dans le rôle d'entraîneur adjoint sous les ordres de davantage de bons entraîneurs, mais ce que j'aurais vraiment dû faire, c'est de me rendre plus souvent dans les gymnases et poser plus de questions aux entraîneurs et aux joueurs. J'aurais adoré, à mes débuts, avoir accès aux podcasts, aux vidéos et aux autres modes d'apprentissage que nous avons à notre disposition maintenant.

Je dirais qu'il faut savoir comment et quoi assimiler comme information, mais il s'agit surtout de devenir à l'aise avec qui vous êtes, et avec l'étape où vous en êtes. N'essayez pas d'être quelqu'un d'autre. Il faut diriger une équipe en visant d'offrir du soutien, dans le but d'aider ceux qui travaillent avec vous.

 

Entrevue par Josh Bell