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Profil d'entaîneure : Sandra Lamb

« Je pense que c'est ça la chose la plus importante, ces rapports authentiques entre une joueuse et un entraîneur. »

C'est désormais une évidence: Sandra Lamb et le volleyball à l'Université Mount Royal sont devenus des éléments inséparables.

Lamb fait partie des Cougars de Mount Royal depuis 1993, année où elle a commencé à jouer pour l'université. Après avoir complété sa carrière de joueuse en 1997-1998, elle a rejoint les rangs de l'équipe masculine en tant qu'entraîneure adjointe en 1998-1999. À mi-chemin de la saison, elle est passée à l'équipe féminine afin d'occuper le poste d'entraîneure-chef.

Elle a remporté des titres nationaux avec des équipes de club chez les moins de 15, 16, 17 et 18 ans, elle a décroché la médaille d'or aux Jeux du Canada avec Équipe Alberta en 2013, elle a été proclamée entraîneure de l'année en 2004 autant par l'Association canadienne du sport collégial (ACSC) que l'Association albertaine des sports collégiaux (ACAC) et, en 2011, on lui a décerné le Prix de l'excellence en entraînement de l'ACSC. Elle a mené les Cougars à la conquête de six médailles de l'ACSC, récolte qui a été ponctuée d'un championnat national en 2011. 

Volleyball Canada a récemment eu l'occasion de s'entretenir avec Lamb afin de discuter de sa carrière d'entraîneure et de sa vision de la profession.

Volleyball Canada: Comment es-tu passée au rôle d'entraîneure? As-tu toujours envisagé de faire ce travail?

Sandra Lamb : Ce fut un peu l'effet du hasard, mais la profession d'entraîneur m'intéresse depuis toujours. Je jouais à Mount Royal et j'ai pris une année de congé. J'ai commencé à travailler comme entraîneure adjointe au sein du programme masculin sous les ordres de Rod Durant à l'époque, puis je suis passée au programme féminin. Éventuellement, les circonstances ont décidé pour moi. C'est autour de 1998, je crois, que j'ai commencé à être entraîneure. 

VC : Qui t'a soutenue dans ton parcours? As-tu des mentors?

SL : Il faut s'entourer de bonnes personnes pour réussir à avoir du succès. À ce moment-là, Rod Durant était quelqu'un que j'admirais, c'est sûr. J'avais aussi d’anciens entraîneurs que j'admirais aussi. Il y avait surtout Calvin Aubin. Il était un mentor à l'époque. Il avait lui aussi fait partie du programme de Volleyball Canada. Il y avait pas mal de gens qui me soutenaient, j'étais plutôt jeune quand j'ai commencé, alors le fait d'avoir des gens pour m'épauler, c'était assurément une bonne chose.

VC : Quel a été l'obstacle le plus important que tu aies affronté au cours de ta carrière d'entraîneure et comment as-tu fait pour passer au travers?

SL : Comme je l'ai dit, j'étais pas mal jeune au début et le passage de joueuse à entraîneure a probablement pris plus de temps que cela aurait dû. J'étais pas mal fougueuse comme joueuse et j'ai essayé de continuer d'être comme ça comme entraîneure. J'étais moyennement émotive par rapport aux victoires et aux défaites, et j'ai vraiment dû faire un examen de conscience, regarder comment je pouvais gagner en maturité comme entraîneure, comment je devais réagir. Cela se fait en regardant les autres personnes, en allant dans leurs gymnases, en investissant vraiment dans sa profession. C'est là une des choses que j'aurais souhaité faire différemment, j'aurais aimé que la période de transition se passe mieux et se fasse plus rapidement. Tu ne peux pas revenir en arrière et te dire, 'Ah, si je savais alors ce que je sais maintenant...' Il a fallu que je discute avec un bon nombre de gens et que je passe du temps à essayer de comprendre comment mieux contrôler les émotions qu'on ressent quand on est joueuse. Tu n'es plus sur le terrain, tu dois trouver d'autres moyens. 

VC : Tu as connu une saison remarquable en 2019-2020, alors que tu as aidé l'Université Mount Royal à remporter la première médaille de son histoire au sein du réseau USPORTS. Comment as-tu vécu le fait d'écrire l'histoire pour cette institution?

SL : C'était incroyable. J'y repense encore souvent. Évidemment, nous n'avons jamais pu disputer les Championnats nationaux, mais c'était une équipe vraiment spéciale. Les joueuses ont vraiment adhéré à l'approche dès le départ. Ramener notre première médaille de l'Association Canada West à Mount Royal représente quelque chose dont nous étions vraiment fières. Les joueuses vont chérir ce moment à jamais, tout comme les membres du personnel d'entraîneurs. 

VC : Ensuite, les Championnats nationaux ont malheureusement été annulés. Après avoir connu une saison aussi impressionnante, à quel point l'annulation du tournoi a-t-elle été difficile à accepter pour toi et l'équipe?

SL : C'était un sentiment épouvantable. Il n'y a pas vraiment d'autre manière de le dire. Nous étions en train d'aller chercher nos repas d'équipe, nous avions fini notre entraînement, tout ce que nous faisions était dans le but de s'y préparer et puis, à 23 heures, j'ai dû appeler les membres de l'équipe et leur apprendre la nouvelle. Nous avons tenu une réunion le lendemain, il y a eu beaucoup de larmes. Évidemment, mes joueuses de cinquième année, mes plus anciennes l'ont pris vraiment dur. Pas seulement elles, tout le monde. Nous avions travaillé très fort depuis le début de la saison pour nous y rendre et, enfin, tu y arrives et cela aurait été la première participation de notre histoire. Tout à coup, on tire le tapis sous tes pieds. C’était difficile. On en ressent encore la douleur, sans aucun doute. 

VC : La saison dernière, Tasha Holness, 39 ans, faisait partie de ta formation. Peux-tu nous parler un peu des circonstances qui l'ont amenée à revenir dans l'équipe après une absence de près de 15 ans?

SL : Oh, Tasha. C'est tout simplement une personne merveilleuse. Elle avait fait partie de notre programme auparavant, puis elle est partie et elle a eu une très belle carrière. Il y avait One Volleyball ici à Calgary, elle s'est inscrite et j'ai bien vu qu'elle avait encore ce qu'il fallait. C'est tout un spécimen au plan sportif. J'ai toujours eu d'excellents rapports avec Tasha et je continue de discuter avec elle de temps à autre. Elle achevait ses études, elle n'avait pas encore tout à fait fini, et je lui ai demandé si elle serait prête à envisager de revenir disputer une autre année. Elle m'a répondu qu'elle n'était pas tellement occupée, qu'elle allait y penser. Elle y a réfléchi et peu de temps après, elle était avec nous dans le gymnase. 

C'est une personne remarquable, c'était formidable de l'avoir avec nous. Tasha est pas mal extravertie, mais ce n'est pas quelqu'un qui va beaucoup parler dans un contexte d'équipe. Son amour pour le sport, sa personnalité et le mentorat sont des atouts qu'elle a amenés à l'équipe et qui ont été d'une valeur inestimable. Ce n'était pas seulement son bagage d'expérience, c'était encore une jeune femme qui jouait au volleyball avec beaucoup de passion, de cœur et d'énergie. C'était vraiment impressionnant de voir son cheminement à cet âge et sa capacité à adhérer à l'approche d'équipe. Une femme de 39 ans avec des femmes de 20 ans, on pourrait penser que ça pourrait être un peu difficile, mais pas du tout. Elle était présente et tout le monde l'adorait. Ce fut une belle surprise, c'est le moins qu'on puisse dire. 

VC : La saison 2020-2021 ayant été annulée, à quoi ressemblent tes journées? Que fais-tu pour rester occupée?

SL : Il y a toujours du travail à faire. Le plus difficile, c'est que nous continuons de faire du recrutement, nous avons encore des séances d'entraînement, des choses du genre. Cependant il y a eu pas mal de réunions Zoom, étant donné que nous n'avons pas pu passer du temps en personne avec nos recrues, ni avec les personnes que nous tentons de recruter en vue de l'année 2021. En gros, nous travaillons de la maison. Les entraîneurs, nous sommes devant un écran une bonne partie du temps, et nous continuons de travailler sur les choses que nous devons améliorer, les choses que nous devons faire, l'analyse vidéo, ces choses-là. Ça n'arrête pas vraiment. Nous avons eu beaucoup de chance en ce sens que nous avons pu nous entraîner de septembre jusqu'en décembre, malgré tout ce qui se passait en Alberta. Nous avons eu droit à une longue période où nous avons pu continuer à décortiquer différents éléments de base en gymnase et analyser tout ça. Notre but, c'est encore... Nous avons eu un petit avant-goût. Nous voulons retourner aux Championnats nationaux. En ce moment, nous faisons tout ce que nous pouvons pour y arriver dans les prochaines années.

VC : À quoi t'intéresses-tu en dehors du volleyball et du travail d'entraîneure? Comment arrives-tu à trouver le bon équilibre entre ces champs d'intérêt et le volleyball?

SL: J'ai commencé à jouer au squash et, pendant la pandémie, j'ai commencé à faire de la course à pied pour me changer les idées. Je ne dirais pas que j'aime courir, mais j'aime comment je me sens après avoir couru. En gros, tout est une question d'équilibre. Tu dois rendre visite aux membres de ta famille, peu importe la façon, même s'il faut le faire devant un écran là aussi. Notre département est très proactif quand vient le temps de nous soutenir dans notre quête d'équilibre entre le travail et la vie personnelle. Nous avons la chance de pouvoir compter sur un soutien qui vient d'en haut. Ensuite, il s'agit juste de trouver ce qui nous intéresse. Comme, par exemple, m'impliquer dans des choses que je n'avais pas faites depuis très longtemps. En gros, j'essaie de rester aussi active que possible pour essayer de rester saine d'esprit pendant cette pandémie.

VC : Quels aspects de ta carrière d'entraîneure représentent ta plus grande fierté?

SL : Il y en a plusieurs. Pendant cette pandémie, tu peux prendre du recul et tu réalises ce que tu as et à quel point c'est précieux. Juste le fait de voir les joueuses recevoir leur diplôme, d'aller sur le marché du travail, les rapports que tu bâtis avec elles, elles assistent aux mariages de chacune d'entre elles et maintenant elles ont des enfants... L'université, ce n'est qu'une petite partie de leur expérience de vie, mais c'est tellement gratifiant et enrichissant que le temps qu'elles ont passé à Mount Royal leur a permis de souder des liens. Aussi, évidemment, les succès qu'elles ont connus sur le court ont été tout à fait incroyables. Remporter un championnat national au niveau collégial et ensuite, faire le saut dans le circuit U SPORTS... Nous avons atteint le carré final une fois et nous nous sommes rendues jusqu'aux Championnats nationaux une fois. Ce sont des choses que je chéris vraiment et je pense à quel point nous avons dû batailler pour nous rendre aussi loin... Tu ne sais jamais quand tu vas pouvoir y retourner. J'ai vraiment eu l'occasion de réfléchir à tout ça et je me considère chanceuse d'avoir de tels moments à pouvoir chérir. Je suis reconnaissante aussi pour la façon dont les entraîneurs et les joueuses ont adhéré au système. Ce sont des personnes merveilleuses. Les mots me manquent pour dire à quel point nous avons des femmes remarquables qui sont passées par notre programme, des femmes qui ont changé ma vie, et qui, elles aussi, ont fait de moi une meilleure personne.

VC : Quel est ton but ultime en tant qu'entraîneure?

SL : J'adore gagner. Je veux gagner à tous les niveaux. Jusqu'ici, la chance m'a souri et maintenant, je suis en quête d'un championnat national USPORTS. J'ai toujours voulu apprendre et continuer à aider mon sport à grandir. Je désire aussi rester en contact avec l'équipe nationale. Je n'en ai pas tellement fait partie, mais rester en contact avec les entraîneurs qui sont là, je veux leur envoyer des joueuses régulièrement, en espérant qu'elles seront tout aussi exceptionnelles à l'échelle nationale et internationale. En ce moment, j'adore le travail que je fais, je ne pourrais imaginer un meilleur endroit que Mount Royal dans le contexte actuel. Je suis ici depuis toujours et je vais probablement rester ici pour toujours. Je veux assurément continuer à en apprendre davantage sur mon sport et pour y arriver, il faut aspirer à un niveau supérieur et comprendre en quoi ça consiste. 

VC : Quels conseils donnerais-tu aux nouveaux entraîneurs?

SL : Il y en a des tas! Le conseil le plus important que je pourrais donner, c'est de se rendre le plus souvent possible dans les gymnases d'autres entraîneurs. Cela ne veut pas nécessairement dire dans ton propre sport. J'ai eu de l’occasion en ce sens que j'ai un entraîneur de hockey dans ma famille et j'ai pu avoir des discussions avec de nombreux entraîneurs de haut niveau, leur demander conseil. C'est tellement important de pouvoir aller sur la patinoire ou le terrain ou le court avec eux et de voir comment ils font, comment ils interagissent avec les autres. Une autre chose importante, si tu peux assister à des réunions et à des moments où ils tissent des liens avec leurs joueurs... Voir comment différentes personnes font quand ils ont des conversations profondes qui leur permettent de bâtir un respect mutuel entre eux. Je trouve que c'est ça, le plus difficile. Si tu peux, en tant que jeune entraîneur, t'exposer à différentes situations du genre, je pense que ce sera très utile pour ta carrière.

VC : Quels conseil, geste de soutien ou apprentissage aurais-tu aimé recevoir à tes débuts comme entraîneure?

SL : Je pense que le plus important, c'est d'avoir un mentor dès le départ. J'ai sauté à pieds joints dans le rôle d'entraîneure. Tu as des entraîneurs adjoints et tu t'appuies vraiment là-dessus, mais ce n'est pas ça qui te permet d'avoir accès à des années et des années d'expérience. Ça n'a pas besoin d'être un entraîneur dans un sport précis, juste quelqu'un qui a fait du sport et a été entraîneur pendant plusieurs années. J'aurais aimé avoir ça au début. Je crois vraiment que cela m'aurait aidée quand je suis passée du rôle de joueuse à celui d'entraîneure et, évidemment, ayant appris et sachant ce que je sais maintenant, je réalise à quel point cela aurait été utile. La partie du travail où il faut organiser, la façon de mettre au point un plan d'entraînement annuel et ces choses-là. De pouvoir plonger là-dedans avec confiance avec l'appui de quelqu'un d'autre, c'est là quelque chose que j'aurais aimé pouvoir faire dès le départ.