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Profil d’entraîneur : Gino Brousseau

« Une chose que j’ai apprise au fil du temps est de faire confiance au processus, de ne jamais perdre vos objectifs de vue et de ne jamais bouger trop rapidement. »

En 1992, Gino Brousseau était un joueur étoile de l’équipe nationale masculine de volleyball. Vingt-huit ans plus tard, il est de retour aux Jeux olympiques, cette fois comme entraîneur adjoint.

Brousseau est l’entraîneur-chef de l’équipe masculine de volleyball du Rouge et Or de l’Université Laval, une formation à laquelle il s’est joint en 2010 comme entraîneur adjoint. C’est aussi à l’Université Laval qu’il a joué, de 1987 à 1990, contribuant à sa première conquête du titre canadien en 1990.

Il a ensuite connu un parcours professionnel à Fréjus et à l’Asnières Volley 92 en France, de 1990 à 1994. Il a passé les trois années suivantes avec le club Suntory Sunbirds au Japan, avant de retourne en France avec Cannes, Poitiers et Paris Volley, contribuant à cinq titres de champion de France et à quatre conquêtes de la Coupe de France.

Brousseau a passé 16 ans avec l’équipe nationale, participant à trois campagnes de la Ligue mondiale, aux Championnats du monde, à la Coupe du monde et aux Jeux universitaires mondiaux. Après avoir accroché ses espadrilles, il s’est rapidement retrouvé comme entraîneur aux abords des terrains.

Après avoir bâti une fondation à l’Université Laval, une porte s’est ouverte avec Équipe Canada. Il a démarré avec l’équipe nationale junior pendant deux ans, notamment aux Championnats du monde juniors de 2017.

L’ancien entraîneur-chef canadien Stéphane Antiga a offert un poste à Brousseau avec l’équipe nationale senior, mais il l’a refusé. La même offre est revenue quelques années plus tard et cette fois Brousseau a fait le saut pour aider l’équipe dans le processus de qualification olympique.

Volleyball Canada a récemment eu l’occasion de discuter avec Brousseau à propos de sa nouvelle carrière et il a fait part de ses idées sur le travail d’entraîneur sportif.

Comment s’est passée ta transition vers le poste d’entraîneur? Est-ce que c’est une avenue que tu considérais depuis longtemps?

Quand j’ai pris ma retraite en 2002-2003 après avoir joué 13 ans en Europe et au Japon je suis revenu m’installer avec ma famille à Québec. C’est après quelques mois de pause loin du volleyball que Pascal Clément m’a offert de m’impliquer dans le programme du Rouge et Or. Cette implication a été de courte durée, car mes autres obligations faisaient en sorte que je ne pouvais pas donner le maximum de mon temps, du moins comme je l’aurais voulu. Un an plus tard, Rock Picard, qui est responsable de la structure au cégep Limoilou, m’a demandé si je désirais diriger une équipe de jeunes. Ayant plus de disponibilités j’ai donc accepté. Je dois dire que ce fût l’une de mes plus belles expériences d’entraîneur. Quelle belle école d’apprentissage! Quelques années plus tard, j’ai de nouveau été l’adjoint de Pascal Clément tout en m’impliquant dans différents programmes d’été. Nous avons passé les 11 dernières années à collaborer et c’est cette année en 2020 que je lui succède, et ce, avec grand honneur.

Qui t’a soutenu dans ton parcours? Peux-tu nommer des mentors?

Je suis une personne très privilégiée, parce qu’à travers mon parcours d’athlète et d’entraîneur, j’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur plusieurs personnes avec des connaissances et un leadership incroyable. Comme c’est actuellement le cas avec l’équipe nationale, j’ai la chance de travailler avec Glenn Hoag et Dan Lewis. Leur générosité, et leur façon de travailler m’ont permis de passer à un autre niveau comme entraîneur et comme personne. Naturellement, Pascal Clément qui en plus d’être un collège est un ami personnel de longue date, a été pour moi une personne très influente. Sa vaste expérience d’entraîneur et sa passion qu’il m’a transmise ont été très importantes dans mon développement d’entraîneur.

Quel a été le plus important obstacle dans ton parcours d’entraîneur et comment l’as-tu traversé?

Le plus difficile pour moi est de garder l’équilibre entre ma passion et ma vie personnelle. Étant une personne passionnée, j’arrive difficilement à faire la part de choses quand je suis en pleine saison. J’ai la chance d’avoir une conjointe qui partage ma vie depuis le début de ma passion pour le volleyball, elle m’aide à atteindre cet équilibre très important. Disons que je m’améliore avec le temps même si parfois je retombe dans mes travers.  

Comment le travail d’entraîneur se distingue-t-il de la situation d’un joueur?

Je dirais que la grande différence se situe au niveau des responsabilités. Le rôle d’entraîneur est à la fois très exigeant et très gratifiant. Les exigences du haut niveau sont telles qu’un entraîneur doit posséder autant des qualités de gestion, de planification, d’organisation et de relations humaines. Il se doit de créer l’environnement regroupant toutes ces forces afin que son équipe soit la plus performante et la plus heureuse possible.

Crois-tu que ton long parcours comme joueur a contribué à ta préparation comme entraîneur? Si c’est le cas, comment?

Bien sûr! L’expérience accumulée dans différentes situations tout au long d’une carrière de joueur aide à mieux comprendre ce que les athlètes traversent dans leur parcours. Tu peux mieux les préparer à affronter les différentes réalités. Par contre, l’important est de bien transmettre ces connaissances et ses valeurs en trouvant les mots justes.

 De quoi es-tu le plus fier dans ton parcours d’entraîneur?

Pour moi, l’un des aspects les plus importants du travail d’entraîneur est le côté humain. Je me suis toujours fait un devoir de respecter les athlètes à travers le processus. Il n’y a rien de plus valorisant pour un entraîneur que de prendre un groupe et l’emmener à son plein potentiel individuellement et collectivement. Ce que je retiens le plus à la fin des différents processus est l’amitié qui se crée avec les athlètes au fils des ans. 

Tu as vu l’équipe nationale masculine s’élever à un statut de régulier aux Jeux olympiques. Comme joueur, et maintenant comme entraîneur, qu’as-tu remarqué dans cette ascension de l’équipe?

J’ai vu que la culture au sein du programme avait beaucoup changé. Après quelques belles performances de l’équipe depuis quelques années les athlètes ont compris qu’ils pouvaient rivaliser contre n’importe quelle équipe au monde.  Il y a eu beaucoup de travail et d’efforts au fils des ans de la part des athlètes et du personnel pour transformer cette mentalité.

Comment cette ascension s’est-elle produite?

L’arrivée de Glenn Hoag y est pour beaucoup dans le succès du programme. Il a apporté une expertise plus internationale dans la façon de faire. Grâce à son expérience européenne, il a su définir les carences techniques, tactiques et physiques que nous avions besoin de travailler pour avoir plus de succès sur la scène internationale. De plus avec les performances accrues des dernières années, cela a fait que l’équipe a été invitée à des compétitions internationales de plus haut calibre. Grâce à ces expériences et à cette visibilité, les athlètes sont devenus meilleurs et ont pu décrocher de meilleurs contrats. De plus, il ne faut pas oublier l’apport des universités et des structures provinciales qui sont de mieux en mieux structurées dans l’encadrement de futurs talents. 

Tu as été intronisé au temple de la renommée du volleyball dans ta province et à l’échelle nationale, tu as joué et tu es entraîneur aux Jeux olympiques, alors quelle est la prochaine étape pour toi? Qu’aimerais-tu ajouter à ton parcours de volleyball?

Comme je l’ai déjà dit, je suis une personne privilégiée, j’ai eu la chance de vivre plusieurs belles expériences grâce au volleyball. Mon objectif dans les prochaines années est de faire vivre à mes athlètes le maximum d’expériences positives à travers le volleyball. 

As-tu des intérêts particuliers à l’extérieur du volleyball et du travail d’entraîneur? Si c’est le cas, comment parviens-tu à un équilibre entre cet intérêt et le volleyball?

Je suis un partisan de sport en général, donc j’aime suivre les différents championnats. J’adore aussi prendre le temps de regarder un bon film. Par contre, quand je veux vraiment me ressourcer et retrouver mon équilibre je pars à mon camp de pêche. Il n’y a rien de mieux que la nature avec sa tranquillité pour se déconnecter et récupérer.

Quel conseil pourrais-tu transmettre aux nouveaux entraîneurs?

L’athlète doit être au cœur de nos préoccupations et c’est un privilège de pouvoir accompagner un groupe d’athlètes. L’entraîneur se doit de faire preuve de passion et de professionnalisme envers ses athlètes. Nous sommes là pour donner et non pour recevoir. Une chose aussi que j’ai apprise avec le temps, c’est de faire confiance au processus, de ne jamais perdre de vue ses objectifs et de ne pas vouloir aller trop vite. De plus, il ne faut pas avoir peur de commettre des erreurs, car il faut parfois commettre des erreurs pour apprendre.  

Qu’aurais-tu aimé avoir (conseils, soutien, formation, etc.) quand tu as entrepris ton parcours d’entraîneur?

La transition de joueur à entraîneur n’a pas été simple pour moi.  J’aurais aimé être plus patient et plus en contrôle à mes débuts. Quand j’ai entrepris mon parcours d’entraîneur, je pensais encore comme un joueur. Avec le temps, j’ai appris à canaliser mes émotions et mes réactions même si je ne suis pas toujours parfait. Aujourd’hui, je me rends compte que cela était un passage obligé. Comme le proverbe le dit si bien : « l’expérience ne finit jamais, elle augmente toujours ».