05 juil. Général
Voix du volleyball : Leah Mitsuing
Dans le cadre des démarches visant la vérité et la réconciliation, Volleyball Canada est à la recherche de membres des peuples autochtones au sein de la communauté de volleyball pour qu’ils/elles puissent nous raconter leurs histoires. Nous espérons sensibiliser la communauté du volleyball dans son ensemble aux cultures autochtones dont sont issus les athlètes de volleyball ainsi qu’au passé vécu par leurs peuples, en reconnaissant les entraves et les défis que les peuples autochtones ont affrontés et continuent d’affronter à l’heure actuelle. Au bout du compte, nous espérons mettre en valeur les mesures concrètes que nous pouvons tous prendre pour nous assurer que le volleyball soit un sport inclusif et agréable pour tout le monde.
Leah Mitsuing (Crookedneck) est issue de la Première Nation Makwa Sahgaiehcan dans l’ouest de la Saskatchewan et elle se passionne pour le volleyball.
Inspirée par son père, qui a lui aussi joué au volleyball, elle a fini par s’aligner avec Équipe Saskatchewan aux Jeux d’été de l’Ouest canadien de 1999 avant d’aller jouer pour l’Université Trinity Western pendant une session en 2002. Elle a ensuite joué pour les Voyageurs du Collège Portage de 2003 à 2006.
Elle est restée proche de cet établissement après sa carrière de joueuse, passant au poste d’entraîneure-chef en 2010.
Maintenant, Leah est une porte-parole, consultante, travailleuse sociale accréditée et conseillère, mais elle continue d’avoir des liens avec son sport et les personnes avec qui elle a joué.
Volleyball Canada a récemment eu l’occasion de s’entretenir avec Leah pour discuter des rapports qu’elle entretient avec son sport, des difficultés qu’elle a affrontées et des mesures qui peuvent être prises pour rendre le volleyball plus inclusif dans le futur.
Volleyball Canada : Comment avez-vous découvert le volleyball ?
Leah Mitsuing : J’ai découvert le volleyball grâce à mon père. Il a été mon entraîneur et m’a aidée à atteindre le niveau de volleyball nécessaire pour évoluer dans un club, aux Jeux autochtones et en équipe provinciale quand j’étais adolescente.
VC : Comment êtes-vous arrivée à garder vos liens avec le volleyball et croyez-vous qu’il s’agit de liens pour la vie ?
L. M. : J’ai pu le faire grâce à ma famille du volleyball. J’ai encore des liens avec ma famille du volleyball Nehiyo (autochtone) de mon enfance. L’amour et la passion que je ressens pour mon sport resteront avec moi jusqu’à la fin de ma vie. Encore aujourd’hui, je vais regarder des matchs de volleyball universitaire et d’Équipe Canada quand j’en ai l’occasion.
VC : Quelle est la plus belle expérience que vous avez vécue dans un cadre de volleyball autochtone ?
L. M. : Je me souviens de l’époque où je jouais au niveau collégial avec mes sœurs, ma cousine, qui était notre passeuse, et nos amies, avec qui nous avons disputé de nombreux tournois de volleyball avec bourses. Nous avons pu jouer ensemble au niveau de l’association de la CSCA. Mon moment favori, c’est quand nous avons affronté l’Institut de technologie du Nord de l’Alberta (NAIT) et notre entraîneur-chef à l’époque n’était pas en mesure d’être présent, alors mon père a agi comme entraîneur et nous l’avons emporté. Notre équipe collégiale était surtout composée de joueuses des Premières Nations et nous avions bien fait contre des collègues renommés comme NAIT. Le fait que ma petite sœur Tamathy et moi ayons occupé les deux premiers rangs au sein de l’équipe au chapitre des attaques marquantes, représente aussi quelque chose dont je suis très fière.
VC : Quelle expérience vécue en lien avec le fait d’être une joueuse de volleyball autochtone aimeriez-vous partager avec les personnes qui ne sont pas autochtones ?
L. M. : J’ai vécu plusieurs moments de racisme et d’exclusion dans les différents niveaux de volleyball où j’ai joué. J’étais souvent isolée des autres en raison de ma couleur. Les membres de l’équipe se moquaient de moi en secret et personne ne voulait effectuer les exercices avec moi pendant les entraînements, seulement les entraîneurs adjoints le faisaient parce qu’il n’y avait jamais personne qui m’invitait à faire partie du groupe. Je dirais donc aux personnes qui ne sont pas autochtones d’inclure les gens, de les inviter et de continuer à les inclure même s’ils sont mal à l’aise. Ne les laissez pas à l’écart. Si vous êtes entraîneur(e), accordez-leur de l’attention. Le racisme n’a pas besoin d’être explicite pour être présent. Soutenez-les et encouragez-les. Bien des autochtones viennent de milieux précaires.
VC : Aviez-vous un joueur autochtone favori, ou une joueuse favorite, quand vous étiez jeune ?
L. M. : Mon joueur favori était mon père. Il participait à des tournois masculins et mixtes. Il m’avait toujours appris que pour être la meilleure, il fallait exceller dans tous les aspects du jeu, et jouer avec intelligence. Ce n’était pas seulement une question de puissance.
VC : Qui sont les personnes qui vont ont offert le plus de soutien plus jeune ?
L. M. : Il y avait ma mère et mon père, et il y avait ma communauté des Premières Nations.
VC : Quelle signification à la communauté du volleyball pour toi ?
L. M. : C’est ma famille. C’est synonyme de respect, d’amour commun et de passion pour un sport formidable.
VC : Croyez-vous qu’il y ait lieu d’avoir des discussions sur la réconciliation dans le cadre des activités de volleyball?
L. M. : Absolument, il y a une place pour parler de réconciliation au volleyball. La façon dont nous avons été traités dans le passé est un reflet des idéologies qui viennent des anciennes perceptions, mais qui existent encore de nos jours. Pourquoi ne pas parler de ces expériences dans le but de changer les choses ? Il faut faire en sorte que notre communauté du volleyball soit sensibilisée à la question de la réconciliation et de l’histoire des Premières Nations. Pouvez-vous imaginer la force qu’il y aurait dans vos équipes, l’augmentation du taux de participation des Premières Nations et le niveau de confiance que les personnes des Premières Nations pourraient avoir si on faisait ça ?
VC : Volleyball Canada a posé des gestes pour favoriser la réconciliation. Avez-vous des conseils pour les athlètes et les entraîneurs qui ne sont pas familiers avec les concepts de vérité et de réconciliation ?
L. M. :
Soyez ouvert et honnête. Prenez le temps de vraiment réfléchir à ce que vous pensez de tout ça et à quel point le passé de tout le monde joue un rôle.
Soyez ouvert au fait qu’une approche empreinte de compréhension et de volonté de faire des gestes pour favoriser la vérité et la réconciliation fait une différence.
Réalisez que ça vient du cœur. D’un amour et d’une passion que nous avons pour notre sport. Que cet amour que nous avons tous en commun, il se transmet à chacune des personnes qui ressentent cet amour partagé.
VC : Qu’est-ce que les organisations nationales/provinciales de sport, les clubs ou les équipes peuvent faire pour favoriser les expériences positives au volleyball pour les personnes autochtones ?
L. M. :
- Inclure; ouvrir les portes pour qu’il y ait du volleyball de club et des tournois sur les territoires des Premières Nations.
- Des équipes qui rendent hommage et comprennent les territoires et l’histoire des peuples où se trouvent leurs équipes. Vous pouvez rendre hommage en utilisant les installations, en soutenant les athlètes, en rendant hommage à des athlètes, en rendant hommage et en apprenant l’histoire du passé, en mettant en valeur les arts et la culture.
- Plusieurs équipes ont travaillé avec des artistes autochtones pour concevoir des affiches, des maillots et des logos et rendre hommage à leur culture et leur histoire.
- Reconnaître des initiatives comme Femmes autochtones disparues et assassinées (FADA), Chaque enfant compte, etc.
Par respect pour les personnes interviewées et ce qu’elles ont vécu, Volleyball Canada a demandé à Holly Rae Yuzicapi de la Première Nation Dakota de Standing Buffalo, dans le sud de la Saskatchewan, de mener ces entrevues. Holly a elle-même des liens étroits avec le volleyball et elle est instructrice en arts culturels, en aliments traditionnels et en jeux traditionnels, elle qui anime des ateliers pour tous les groupes d’âge partout au Canada et aux États-Unis.
Leah Mitsuing